AVENTURE DE VOYAGE | La fois où j’ai tiré au semi-automatique au Texas !

 

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Aller tirer quelques cartouches dans un Shooting Range texan était l’une des nombreuses choses sur ma liste du début d’année… Une liste d’incontournables que mon université américaine nous avait remis à notre arrivée et que je m’étais très vite empressée de compléter avec mes propres souhaits.

Bien sûr je suis un peu triste de n’avoir pas pu tout faire : le jour où j’ai voulu louer un kayak la rivière était trop dangereuse pour naviguer, je n’ai jamais pris le temps d’aller au Martin Museum qui se situat pourtant à la sortie de mon cours de théâtre, et je n’ai jamais su dépasser la moitié de l’immense mur d’escalade (vertige incontrôlable bonjour). J’ai cependant eu l’occasion de faire tout un tas de truc cool comme assister à un rodéo, aller voir The Revenant au cinéma, faire du yoga et visiter successivement Dallas, Fort Worth, Austin, Houston…

Tirer avec une arme au sein d’un vrai centre d’entrainement était quelque chose que je voulais absolument faire avant de quitter le Texas pour de nouvelles aventures dans le New Jersey. D’accord, dis comme cela, cela peut vous sembler étrange.

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Je ne suis pas quelqu’un qui aime les armes, et avant d’étudier à Waco je n’en étais pas familière. Je me souviens des sueurs froides à la découverte des soldes du rayon pistolet du supermarché Walmart, du malaise qui m’envahissait à la vue des fusils de mes amis, de mon incompréhension lorsque ces derniers m’expliquaient avoir tiré leur première balle à l’âge de quatre ans dans les bras de leur papa. La première fois que j’ai entendu le bruit d’un chargeur c’était lors d’une simulation dans une pièce de théâtre à laquelle j’assistais. Il n’y avait évidemment pas de cartouches dans l’appareil mais ce son avait suffit à me faire bondir de mon siège.

Cependant après cinq mois dans l’Etat du Texas j’ai fini par peu à peu m’habituer aux discours et à la culture. Je ne suis plus du tout paniquée lorsque je vois quelqu’un avec une arme à la ceinture. Cela ne me dérange plus de voir un attirail de chasse dans la chambre à coucher. J’ai peu à peu accepté une culture qui n’est pas la mienne. Attention, cela ne veut pas dire que je suis d’accord avec cette façon de vivre. Cela ne veut pas dire que j’ai commencé à trouver que faire pan pan dans des champs les weeks-end était un truc cool. Cela veut encore moins dire que je trouve cela logique que l’on me dise que la meilleure façon d’arrêter les armes soit les armes. Alors que mon optimisme et moi serions plutôt d’avis de les rayer de la surface de l’univers. J’essaie juste d’admettre que d’autres n’ont pas le même background que moi et que c’est comme ça. Avant de juger il faut toujours chercher à comprendre.

Et ce que j’ai compris justement c’est que les vrais passionnés d’armes sont ceux le plus à cheval sur la sécurité. Ceux qui adorent ça savent pertinemment bien que ce n’est pas un jouet qu’ils ont entre les mains. C’est ce que j’ai ressenti au stand de tir de Fort Worth : le personnel a beau être passionné il sait se montrer très vigilant et à l’écoute au moindre doute.

Enfin j’avais beau être excitée, une fois arrivée je ne faisais vraiment plus la maligne. L’angoisse a très vite commencé à monter.

Les stands de tir sont aussi couplés à une boutique où venir s’acheter son nouveau bébé (messieurs, pistolets roses et cartouches rose gold en vente pour vos femmes, marketing bonjour) ou un t-shirt à l’humour douteux… La fréquentation est évidemment masculine et la plupart des gens ont l’âge de mon père. Ou à peine l’âge d’être au collège.

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“Salut les gars, vous avez vos armes sur vous?”

C’est la première question que l’on nous a demandé et cela m’a fait tout bizarre. Bien sûr en temps que non-immigrant alien – oui c’est comme cela que la législation nous appelle ici – je n’ai absolument pas le droit d’avoir ma propre arme. Je suis donc allée en louer une auprès  d’une charmante blonde de l’âge de ma petite sœur. Qui m’a tendu sa proposition en prononçant ces mots :“I looooooove that gun”. A vrai dire je ne sais pas trop comment on peut “aimer” une arme à ce point mais enfin bon j’ai décidé de lui faire confiance. Bonne pioche : “Tu ne pouvais pas mieux choisir” m’ont dis les gars ensuite.

Une fois dans l’arène mon cœur s’est mis à battre à la chamade. Le bruit était tellement assourdissant que je sursautais à chaque tirs des autres clients. J’ai presque fait un bond lorsque j’ai senti une cartouche arriver sur ma jambe (j’avais totalement oublié le fait qu’une partie de la balle ressortais au moment du tir, c’est pour vous dire à quel point je suis novice).

J’étais terrifiée à l’idée de ne pas avoir compris tout ce que l’on m’avais dis. Imaginez: une incompréhension et c’est la bêtise… quelle pression !

Ensuite on est en théorie un peu laissés à soi-même. Les gars t’installent dans un box puis tu dois placer ta cible toi-même, charger ton arme toi-même, déverrouiller la sécurité toi-même… Heureusement qu’un responsable a fini par venir m’épauler et m’expliquer comment tirer sans me faire mal. On a beau regarder foule de films cela n’est pas DU TOUT comme cela que les choses se passent dans la réalité. Et puis lorsque l’on a vu cela qu’à la télévision on a toujours le réflexe de prendre l’arme en plaçant sa main sur la gâchette… ce qu’il ne faut surtout pas faire !

Lors du tir il faut aussi apprendre à se stabiliser de la main à l’épaule. N’ayant pas assez de force et de fermeté au début je bloquais ma balle à chaque essai. On m’a alors conseillé de changer d’arme et d’essayer un pistolet 9mm MNP9, ce qui est utilisé par la police et qui m’a paru beaucoup plus facile à manier. Mon corps a commencé à s’habituer aux sensations (je n’ai vraiment pas aimé les premiers coups car je ne m’attendais pas à ce que cela soit aussi violent), mes oreilles au bruit. J’ai peu à peu commencé à me détendre et à essayer de m’améliorer selon les conseils de mon instructeur.

C’est complètement lessivée, mais contente d’avoir découvert quelque chose de nouveau, que je suis enfin rentrée de ma séance.

Plus tard j’ai envoyé une vidéo à ma maman qui est en France. Cela m’a fait me poser beaucoup de questions dont je n’ai pas encore toutes les réponses. C’est vrai qu’après plusieurs mois au Texas je ne vois plus les choses des mêmes yeux qu’elle et que le reste de mes proches. Je me met à leur place et je me dis que cela doit leur faire tout drôle de me voir avec ça à la main. Un pistolet cela n’est pas un quelque chose de fun, cela peut tuer des gens.

Malgré cette bonne expérience je suis donc toujours contre le fait d’avoir un Beretta dans sa table de nuit ou à la ceinture dans les rues.

Pourtant j’ai l’impression d’avoir désacralisé le lieu Shooting Range. Finalement se rendre sur un stand bien encadré pour le côté “sportif” et pour essayer d’améliorer ses tirs je ne trouve pas que cela soit une mauvaise idée. Il faut simplement apprendre et ce dans de bonnes conditions !

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J’ai en tout cas été ravie d’apprendre quelque chose de nouveau, de connaitre une sensation nouvelle même si maintenant j’ai l’impression qu’une sorte de duel éthique se joue dans ma tête !

Alors est-ce que je recommencerais ? oui, non, pas sûr !
Est-ce que après ces premiers tirs je vais désormais porter un t-shirt avec l’inscription “Gun Lover” ? rassurez vous ça non jamais !

A suivre.

PS : Je vous invite à jeter un œil à cet article d’une autre blogueuse, expatriée aux Etats-Unis. Je me suis beaucoup retrouvée dans ce qu’elle écrit !

7 Comments

  • L’article m’a passionnée. Ton ressenti initial (que je partage), ton évolution, tes sensations là bas, cette description précise… merci beaucoup, je me suis régalée, c’était vraiment super intéressant.

  • Ping : 2016...
  • Merci pour cet intéressant partage d’expérience. Je suis pour ma part tout à fait opposée au port d’armes etc, et je n’ai jamais été tentée par les stands de tirs, mais ce que tu écris est intéressant et permet de voir les choses sous un angle un peu différent.

  • Ton article est vraiment intéressant j’avoue que si j’avais été à ta place je ferais la même chose que toi j’aurais tellement envie d’essayer . La culture américaine est très différente de la notre mais assez passionnante !
    Je t’embrasse

    Marianne

  • Je suis pas sûre que j’arriverais à comprendre un jour l’attrait américain pour les armes, je ne suis jamais à l’aise quand je vois des militaires avec des armes alors quand j’irais en Amérique je crois que mon coeur va bondir plus d’une fois ☺.
    En tout cas, tirer dans un stand de tir pour le fun, ça me plait ! Pour tester. D’ailleurs, J’avais testé un stand de tir en Corée du sud, par contre c’était un fusil..ou quelque chose dans le genre, et ça m’avais plus explosé la joue que divertir. Mais je detesterais bien la même chose que toi.
    Des bisous,
    Margot

    https://troughthepasturesofthesky.wordpress.com/

  • Coucou Lucie, merci d’avoir partagé ton point de vue.
    Quand à mon réveil, sur les réseaux, ce matin j’ai vue la vidéo de toi en train de tirer … en effet ça m’a fait tout bizarre !
    Ça n’est pas dans notre culture, et j’imagine que l’inconnue nous surprend. Comme tu dis “ca n’est pas fun et ça tue”.
    J’ai pourtant déjà été en stand de tir avec Nico pour tirer à la carabine (le genre de truc que je n’avais vue qu’à la tv au moment des JO).
    Cet article est complémentaire de ces images postés un peu plus tôt. Comme si dans ma culture d’européenne j’avais besoin d’explications à un tel geste. Enfin bref, je trouve que tu t’exprimes très bien sur le sujet avec un sorte de maturité qui te viens sans aucun doute de cette belle expérience de 5 mois.
    Gros bisous

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