Vivre de sa passion du voyage ?

L’écriture et les voyages sont depuis quelques années devenus essentiels à mon épanouissement.

J’ai toujours su que j’avais envie d’écrire, de traduire mes émotions en mots, de raconter des histoires. Reporter sur le terrain était d’ailleurs l’une des premières carrières que j’envisageais.
Au départ, il y a bientôt sept ans, j’habitais à Lille et j’avais ouvert un blog de critiques culturelles pour me présenter aux écoles de journalisme. J’y parlais des films que j’avais vu, des livres que j’avais lu, et puis peu à peu j’ai commencé à narrer mes mémoires de voyages. Je suis partie passer l’été de mes 18 ans en Ukraine, et je n’ai plus arrêté. Hongrie, Lituanie, Lettonie, et un second été merveilleux en Italie, à naviguer entre les villes de Bologne, Ravenne et Florence. A la rentrée j’ai intégré l’école du CELSA, ai commencé le début de ma vie parisienne et découvert l’univers des premiers blogueurs voyage. J’adorais moi aussi raconter mes galères de voyage, les bonnes adresses que j’avais dégoté, mes sentiments à la découverte de destinations hors des sentiers battus… j’ai donc vite commencé à remplacer mes critiques culturelles par des mémoires de voyages.

J’ai beaucoup profité durant ces années d’études. Si vous me lisiez à l’époque j’ai eu la chance de découvrir des villes comme Amsterdam, Porto, Lisbonne, Dublin, Fez, Bruxelles… Je suis aussi partie en semestre d’échange aux Etats-Unis ! Je relatais mon quotidien au Texas, mes week-ends à Austin, New York, Houston, ma semaine de spring break au Mexique. J’étais beaucoup lu, et j’ai d’ailleurs conservé dans mes archives tous mes articles et les commentaires que je recevais. Je n’avais pourtant même pas d’appareil photo professionnel lorsque je suis partie, juste mon téléphone. Je sais que ce qui plaisait c’était le partage de mes expériences

L’année qui a suivi, avant un autre voyage d’un mois pour retrouver mes amis du Texas et découvrir la Louisiane, je n’ai pas voyagé. J’ai continué d’écrire, des scénarios avant de m’endormir, des concepts audiovisuels et surtout mon mémoire de fin d’études. J’ai décidé de tout quitté pour venir m’installer à Bordeaux,

Désormais, à chaque fois que j’essaie de revenir, je remarque à quel point tout a changé. Les filles qui avaient commencé à la même période que moi et avec qui j’échangeais sont pour la plupart devenues des blogueuses très suivies. Instagram a explosé d’une façon phénoménale, il s’y trouve pléthores de comptes intéressants, et de plus en plus de comptes spécialisés dans le voyage. Il faut désormais se tourner vers la vidéo, et là encore difficile de ne pas aborder des sujets qui ont déjà mainte fois été traités.

Les personnes qui sont suivies ne sont plus celles qui venaient partager leurs expériences par écrit, parfois seulement une fille avec un corps de rêve que l’on voit poster une photo par jour. Elle en train de bronzer au Maldives, elle au coucher de soleil de dos sur une plage de Bali, elle avec son sac à dos de backpack en train de faire du stop. Je suis récemment tombée aussi sur des vlogs, où bien qu’une destination soit visité le contenu ne consiste qu’en différents plans de la personne en train de raconter sa journée au bout d’une perche à selfie. Pas une image du paysage, pas grand-chose sur la gastronomie locale, pas un conseil sur la ville. Du contenu qui n’apporte rien de spécial, qui devient de plus en plus banal, copié, mais qui fais rêver des milliers d’autres individus, de plus en plus jeunes.

Je peux vous dire que moi qui ait énormément de mal avec les photos de moi, qui ne me sentirais de toute façon mal à l’aise à l’idée de ne poster que des clichés de ma personne, et puis qui voyageant seule ai rarement quelqu’un pour immortaliser la chose je me sens noyée au milieu de tout cela. J’en arrive à me prendre la tête pour savoir comment devraient être mes réseaux sociaux. Lorsque je poste une photo je n’ai plus les échanges que j’avais avant, je ne noue plus de relations. Plusieurs autres comptes de voyageurs, qui rêvent de gloire sur la toiles, viennent aimer toutes mes photos dans l’espoir de récolter la même chose, me suivent pour se désabonner une heure après. Je n’éprouve même plus de plaisir ou d’envie lorsque je tombe sur le énième compte d’un couple en tour du monde, dans les mêmes endroits que tous ceux que j’ai pu voir avant…

Le monde a changé, et nous sommes devenus peu à peu une génération tour du monde. C’est formidable, et je suis reconnaissante tous les jours de la facilité que nous avons de nos jours de pouvoir voyager, de pouvoir garder autant de souvenirs et de partager dans l’instantané avec son entourage. Je suis pourtant de plus en plus mal à l’aise, et depuis des mois mon blog reste vide. Je ne trouve plus mes écrits assez bien, et que dire des visuels, lorsque maintenant des images faites au drone deviennent la normalité.

J’ai souvent eu du mal aussi à retrouver l’envie de poster, car c’est comme si cela allait m’empêcher de profiter du réel. Comme s’il fallait choisir entre s’apprêter le matin pour être présentable sur un cliché alors que flemme c’est les vacances, transporter son  matériel photo si lourd toute la journée et devoir s’arrêter à chaque fois pour demander à la personne avec qui l’on est de nous mitrailler, ou bien choisir juste de profiter de l’instant.

Je n’ai toujours pas les réponses à ces questions.
Je ne sais toujours pas si j’arriverais à revenir ici.

J’ai pourtant tellement de projets, des milliers de sujets sur lesquels j’ai envie de m’exprimer. Des envies de contacter des titres de presse, de faire de la vidéo, de réaliser des guides de voyages.

J’ai envie de retrouver ce qui m’animait, écrire et  voyager.

Et puis pourquoi pas un jour, vivre de ma plume autour du monde…

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *